Repérage des violences faites aux femmes

La maison de santé (MSP) Chevaleret a ouvert ses portes en 2020 dans le 13ème arrondissement de Paris. Le projet de santé de la MSP comporte un axe sur la périnatalité et la santé des femmes, qui dès le démarrage a inclus un projet de repérage des violences faites aux femmes. Ce projet s’articule autour d’un axe collectif avec l’organisation de semaines de sensibilisation pour la patientèle, un axe individuel avec un repérage dans le cadre des consultations, et enfin un axe professionnel avec la discussion de situations au cours des réunions de concertation pluriprofessionnelles. Comment l’exercice pluriprofessionnel en maison de santé favorise-t-il la mise en œuvre d’un projet autour du repérage des violences ? Comment ce projet évolue-t-il dans le temps ?

Présentation de l’intervention

Présentation de la MSP Chevaleret

La maison de santé pluriprofessionnelle (MSP) Chevaleret, implantée dans le 13ème arrondissement de Paris, a été créée en 2020.

Elle est composée des professionnels suivants :

  • cinq médecins généralistes,
  • quatre sages-femmes (dont deux échographistes),
  • deux orthophonistes,
  • une psychomotricienne,
  • une kinésithérapeute,
  • deux psychologues,
  • deux infirmières,
  • une médiatrice en santé. 

Il n’y a pas de poste dédié pour la coordination de la maison de santé ; la coordination est assurée directement par les professionnels de santé.

Dès le démarrage, la MSP a structuré son projet de santé autour de deux grands axes :

  • un axe sur la prise en charge des personnes âgées, le maintien à domicile, la rééducation,
  • un axe sur la santé des femmes et la périnatalité, dans le cadre duquel s’inscrit le projet de repérage des violences faites aux femmes.

 Contexte

La violence conjugale est la forme de violence la plus courante et concerne essentiellement les femmes. Selon l’OMS (Organisation mondiale de la santé), la prévalence des violences conjugales oscillerait entre 13 et 61%, et la prévalence de la violence physique pendant la grossesse serait d’environ 13%[1]. En France, en 2022, 321 000 femmes déclarent avoir été victimes de violences par leur (ex) partenaire. 118 femmes sont mortes cette même année, soit 1 décès tous les trois jours[2].

La littérature montre que les professionnels de premier recours sont en première ligne dans le repérage des violences. Selon une enquête menée dans les Pays de la Loire, 60% des médecins généralistes interrogés déclarent soupçonner au moins une fois par an des violences. Par ailleurs, dans cette enquête, parmi les médecins suspectant des violences, ceux-ci sont plus nombreux à exercer en MSP[3]. Plusieurs hypothèses peuvent être formulées comme le fait de travailler en équipe ou la tenue de réunions de concertation, que nous expliciterons dans la présente fiche. Les sages-femmes occupent également le premier plan dans le repérage des violences. La grossesse, et l’IVG (interruption volontaire de grossesse), étant des facteurs de risque supplémentaire, le climat de confiance établi avec la sage-femme au cours des différentes consultations prénatales est propice à une verbalisation des violences et  « le repérage systématique est un « aller vers » qui permet de briser la loi du silence »[4], en ce sens qu’il permet de donner aux patientes un espace de parole libre et sans jugement.



[1] Muriel Salmona : https://www.memoiretraumatique.org/violences/violences-conjugales.html

[2] Lettre de l’observatoire national des violences faites aux femmes : https://arretonslesviolences.gouv.fr/sites/default/files/2024-03/Lettre-Observatoire-national-des-violences-faites-aux-femmes-Miprof-Mars-2024.pdf

[3] Observatoire régional de la santé, Les médecins généralistes des Pays de la Loire face aux violences faites aux femmes, mars 2021.

[4] David Meyer, « Le rôle des sages-femmes dans la lutte contre les violences intrafamiliales », Journal de droit de la santé et de l’assurance maladie, Inserm, 2021.