Tendances Alternatives Festives

Depuis 2010, l’Association Addictions France de Gironde porte le dispositif de maraudes Tendances Alternatives Festives : une équipe d’animateurs de prévention et de volontaires en Service Civique interviennent sur les espaces publics festifs bordelais les jeudis, vendredis et samedis soirs.

La mobilisation de volontaires en service civique permet de réaliser une action de prévention et de réduction des risques liés à l’alcool et aux produits psychoactifs par les pairs. La réalisation de maraudes permet d’aller au contact du public cible, en suivant les lieux et temporalités festifs.

09/03/2022

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Lentz Alexandre
Anciennement volontaire en Service Civique

Bertrand Mickaël
Anciennement volontaire en Service Civique

Razakamaitso Marie-Elise
Directrice du CSAPA de Gironde
marie-elise.razakamaitso@addictions-france.org

Présentation de l’intervention

Présentation de la structure

Le Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) de Gironde[1], géré par l’Association Addictions France en Gironde, met en œuvre trois activités : une activité de soin, qui s’adresse à tous les usagers ayant des problématiques addictives et qui souhaitent être suivis ; une activité de formation ; et une activité de prévention. Dans le cadre de cette dernière mission, des professionnels du CSAPA, accompagnés par des volontaires en Service Civique, interviennent depuis 2010 auprès du public jeune en milieu festif.

Contexte

En 2006, la mairie de Bordeaux a engagé une réflexion sur les contextes festifs, leurs relations avec les voisinages et les consommations à risques. L’objectif de ces réflexions était d’accompagner les pratiques festives bordelaises afin d’en réduire les risques et d’apaiser les relations entre les habitants de Bordeaux et les usagers du milieu festif. Dans ce contexte, une Enquête sur les rites d’​alcoolisation des jeunes dans l’espace public bordelais a été réalisée en 2009 par le CEID Addictions et le centre de ressources DAADD [2] (Dispositif d’Appui Drogues et Dépendances).

C’est dans ce cadre que l’action Tendances Alternatives Festives (T.A.F.) a vu le jour en 2010 et se poursuit depuis.

Dans le sillage de ces réflexions, la mairie de Bordeaux a créé en 2017 le dispositif Bordeaux La Nuit[3]. T.A.F. s’inscrit ainsi désormais dans une politique globale de santé publique visant les objectifs généraux de prévention des risques et de réduction des dommages sur les lieux festifs de Bordeaux.


Le dispositif Bordeaux La Nuit est un dispositif partenarial qui vise à mettre en place une politique globale de la nuit. Il s’appuie sur un diagnostic anthropologique confié à David Mourgues (cabinet Vibrato – 2017). Il regroupe cinq commissions thématiques (Vie nocturne, Aménagements, Cultures et loisirs, Économies de la nuit et Usagers de la nuit), un conseil de la nuit qui regroupent des acteurs institutionnels, économiques et associatifs et une équipe de « référents nuit » dans les services municipaux. Ce dispositif a notamment pour fonction de proposer et de mettre en œuvre, à travers ses membres, un plan d’action concret, dont différents projets de réduction des risques liées à l’alcool (RDRA).

La mairie de Bordeaux a financé depuis 2010 plusieurs actions de prévention, s’inscrivant aujourd’hui dans Bordeaux La Nuit :

L’Installation d’éthylotests au sein de 12 établissements de la nuit partenaires, permettant aux personnes d’évaluer leur état d’alcoolisation et leur capacité à conduire leur véhicule.

La tenue de stands de prévention au sein de discothèques et festivals partenaires. Le personnel des établissements et les bénévoles des festivals sont également formés autour des questions d’alcool, des produits stupéfiants et maladies sexuellement transmissibles.

La sensibilisation par des équipes mobiles de bénévoles lors d’événement festifs (fête de la musique, festival Hors-Bord).

– Les interventions des associations de prévention partenaires : Addictions France et le CEID Addictions (notamment, le dispositif  Hangover Café).

Objectif

L’objectif de l’action T.A.F. est de prévenir et réduire les risques associés aux consommations de substances psychoactives en milieu festif (principalement l’alcool). Pour ce faire, l’équipe T.A.F. souhaite sensibiliser le public jeune (étudiants, jeunes professionnels et lycéens) en milieu festif, de 18h à 2h.


Calendrier général de l’action

Principaux acteurs et partenaires

Principaux éléments saillants

Élaboration du projet

En 2009, l’Enquête sur les rites d’alcoolisation des jeunes dans l’espace public bordelais a permis de faire notamment deux constats : d’une part, l’augmentation de l’alcoolisation massive du public étudiant, directement dans l’espace public et d’autre part, l’absence de dispositifs de prévention et d’aide à la réduction des risques liés à l’alcool, présents dans le milieu festif. A la suite de ce second constat, la mairie de Bordeaux, l’ARS de Nouvelle-Aquitaine ainsi que la MILDECA ont sollicité le CSAPA de Gironde en 2010. S’appuyant sur leur expérience du terrain et différentes recommandations[4], les professionnels du CSAPA ont souhaité mettre en œuvre un dispositif mobile d’aller vers et de prévention par les pairs[5].

En mars 2010 a été adoptée la loi relative au service civique. Elle permet à des associations ou des collectivités locales agréées de recruter des personnes de 16 à 25 ans pour effectuer durant 6 à 12 mois une mission d’intérêt général. A cette occasion, les professionnels du CSAPA ont alors souhaité recruter des volontaires en service civique pour l’action T.A.F. afin qu’ils interviennent en tant que jeunes, auprès de leurs pairs.

Tendances Alternatives Festives en quelques mots

Dans le cadre du T.A.F., une animatrice de prévention du CSAPA de Gironde ainsi que 4 à 5 volontaires en service civique interviennent les jeudis, vendredis et samedis soirs dans l’espace public bordelais entre 18h et 2h auprès du public jeune en milieu festif. Ils souhaitent ainsi les sensibiliser aux problématiques liées aux conduites addictives et échanger autour des stratégies de réduction des risques liés aux consommations de produits psychoactifs, notamment l’alcool.

L’équipe T.A.F. est composée au total de six professionnels du CSAPA, ainsi que de volontaires en services civiques. Le nombre de volontaires a pu varier d’une année à l’autre, mais en règle générale, environ 16 volontaires sont recrutés en tout : 10 recrutés par Addictions France et 6 recrutés par Unis-Cité d’octobre à juin pour les 16. Le nombre de volontaires en service civique recrutés dépend des besoins identifiés.

Afin d’intervenir et d’aller vers le public jeune en milieu festif, en s’adaptant aux temporalités et lieux de leurs soirées, l’action T.A.F. est composée de quatre dispositifs :

Des maraudes nocturnes au cœur de Bordeaux

Depuis 2010, des maraudes sont réalisées les jeudis, vendredis et samedis de 21h à 2h par une animatrice de prévention du CSAPA, accompagnée de quatre volontaires en service civique. Les lieux d’intervention (rues, quartiers, festivals) sont définis en amont en partenariat avec les services de la mairie de Bordeaux, ainsi que ceux de la préfecture de Gironde. Sur le terrain, l’équipe T.A.F. peut s’adapter chaque soir en se rendant aux abords des principaux lieux festifs et en allant au contact du public jeune présent.

Le Soul Tram

En 2014, la multiplication d’actes d’incivilités et l’augmentation d’états d’alcoolisation avancés au sein du tramway B ont été constatés par les services de police de Bordeaux et par Keolis, entreprise gestionnaire du tramway. Pour répondre à cette problématique, la mairie de Bordeaux, l’ARS Nouvelle-Aquitaine (ARS NA) et la MILDECA ont sollicité Addictions France pour réaliser une action de prévention et de réduction des risques en direction du public étudiant.  

En réponse à cette demande, l’équipe T.A.F. met en œuvre le dispositif Soul Tram depuis 2015. Ce dispositif est réalisé les jeudis soirs, de 21h à 1h du matin, dans ce tramway qui relie le campus universitaire, l’hypercentre (la place Victoire) et ses nombreux bars, ainsi que le quartier du Bassin à flot, où sont installés des établissements de nuit. En partenariat avec un DJ de l’association Allez les filles !, de la musique soul est diffusée au sein du tramway. Alors que la musique attire l’attention et créée un moment convivial, l’équipe T.A.F. intervient auprès des jeunes présents pour échanger autour de la RDRA. Par ailleurs, au sein du tramway, l’attention des jeunes, qui sont dans un moment d’attente et préparent leur soirée, est plus facile à capter.

Un dispositif fixe de « pré-maraude » en début de soirée

Après avoir observé une forte affluence de 18h à 19h30 dans les bars autour de la place Victoire, en partie du fait des Happy Hours, période durant laquelle des promotions sont réalisées sur les boissons alcoolisées, l’équipe du T.A.F. conduit depuis 2018 un dispositif fixe de prévention et de réduction des risques liés à l’alcool. Ce dispositif est installé au cœur de la place Victoire, principal lieu festif de début de soirée. Afin d’attirer l’attention et de conduire les jeunes à formuler leurs objectifs festifs, l’équipe peut réaliser des pancartes colorées sur lesquelles sont inscrites des questions telles que « Combien de verres as-tu prévu de boire ce soir ? ; C’était quoi ta première clope ? ». L’équipe s’appuie alors sur les réponses des personnes pour sensibiliser ou proposer des outils de réduction des risques en accord avec les objectifs exprimés. Le choix du thème des phrases s’articule également avec des campagnes nationales telles que le Mois Sans Tabac ou Dry January.

L’Oasis du T.A.F.

En 2019, la mairie de Bordeaux et l’ARS NA ont sollicité l’association afin de prolonger l’action du T.A.F. durant la période estivale. Ainsi, depuis 2020, et de juillet à septembre, l’équipe T.A.F. réalise l’Oasis du T.A.F les jeudis de 16h à 22h et les vendredis de 18h à minuit. Dans le cadre de ce dispositif, l’équipe T.A.F. intervient sur les lieux de première partie de soirée, à l’aide d’un vélo disposant d’une carriole et d’une fontaine à eau. Sur place, l’équipe propose aux jeunes présents dans l’espace public de s’hydrater et engage des échanges de prévention et de sensibilisation autour de la réduction des risques, notamment liés à l’alcool. Du fait de la pandémie du COVID-19, l’action a été élargie au rappel des gestes barrières relatifs à l’épidémie du COVID-19 et à la distribution de masques et gels hydroalcooliques. Pour renforcer ce dispositif, 7 anciens volontaires en service civique sont également recrutés en 2019. Un autre dispositif aura suivi en 2020.

Un local situé dans le centre-ville est mis à disposition de l’équipe T.A.F. afin qu’ils puissent s’y retrouver avant les maraudes, se reposer durant la soirée ou encore se restaurer, s’y former et y construire de nouveaux outils de prévention. Ils s’y retrouvent également en début de semaine pour des temps collectifs afin d’échanger sur les difficultés rencontrées lors de précédentes sorties.

Cadre de l’intervention : comment et à combien intervenir ?

Après avoir conduit plusieurs essais, un-e animateur ou animatrice de prévention, accompagné de 4 à 5 volontaires en service civique « c’est le minimum pour intervenir de manière confortable dans la rue, en pouvant se relayer, en y allant à plusieurs » selon Mme Razakamaitso, directrice du CSAPA. Cette organisation permet d’aborder les personnes en sous-groupe. Pour des raisons de sécurité, les équipes restent « toujours à quelques mètres les uns des autres ». Intervenir à 2 ou 3 auprès d’un groupe permet également aux volontaires en service civique d’être plus à l’aise et de se sentir plus en sécurité. A contrario, intervenir à 4 ou plus peut être impressionnant pour le public rencontré. Par ailleurs, si « la présence de deux encadrants serait idéale », le financement de l’action ne le permet pas.

Le rythme des maraudes est divisé en deux principaux temps. Pour Mme Razakamaitso, le début de soirée, de 18h à 22h, correspond à un temps de prévention, au cours duquel « les personnes sont plus sensibles au discours de prévention et souhaitent échanger ». La deuxième partie de soirée, de minuit à 2h, l’équipe « rentre en mode réduction de risques » et « est plus dans l’observation pour voir s’il y a des personnes en difficulté ou des groupes qui peuvent rencontrer des problèmes. »

« Initialement, les maraudes pouvaient s’arrêter à 3h du matin selon l’affluence. A partir de ces horaires, on n’était plus sur des messages de prévention, mais sur la mise au repos des personnes, la gestion des personnes qui avaient déjà bien consommer et qu’il fallait prendre en charge. Ce qui n’est pas notre mission première. Donc, on s’arrête à deux heures, l’heure à laquelle les messages de prévention sont encore entendus. Par ailleurs, les horaires ont été également changés par sécurité. Les jeunes n’étaient plus en sécurité en étant présent plus tard. Il y avait un peu trop de violence à Bordeaux ».

Marie-Elise Razakamaitso

Lors des interventions, les volontaires en service civique emportent avec eux des outils de réduction des risques à distribuer (préservatifs, roule ta paille, sérum physiologique, éthylotests, éco-cups, bouteilles d’eau). Afin d’être facilement repérée, l’équipe porte des gilets blancs réfléchissants floqués du logo T.A.F.

L’équipe emporte également un carnet d’adresses et de numéros utiles : services d’urgence, centres d’hébergement, associations de lutte contre la précarité, planning familial, et celui du CSAPA. Cela permet à l’équipe T.A.F. de proposer aux personnes en situation de vulnérabilité des orientations vers les services compétents.

Les volontaires en service civique peuvent également être confrontés à des situations de tensions ou de violences. Lorsque cela arrive, la consigne est de rester en retrait, d’avertir l’animatrice et d’appeler la police si nécessaire.

Pratiques et postures professionnelles 

Dans le cadre de ses interventions, l’équipe T.A.F. adopte un discours qui se veut sans jugement, non descendant, et prend racine à partir des objectifs et des expériences partagés par les personnes interpellées. Lorsqu’elle partage ses conseils et recommandations, l’équipe présente les bénéfices de changement de comportement plutôt que les dangers liés à une pratique. Elle propose ainsi de réfléchir avec les personnes au cadre dans lequel les produits sont consommés et de la prise en compte des risques et effets liés.

« La RDR, pour moi, c’est accompagner les personnes pour leur permettre d’éviter de se mettre en danger, de consommer sans se mettre en danger et sans mettre en danger autrui ».

Mickaël Bertrand, ex-volontaire en service civique

Ainsi, lorsque l’équipe T.A.F. va au contact des jeunes, elle les invite à formuler leurs objectifs de soirée, leurs habitudes de consommation, ainsi que les stratégies prévues pour réduire les risques liés à ces comportements festifs. L’équipe va ainsi apporter des informations et conseils complémentaires (s’hydrater, ne pas rentrer seul, être accompagné autant que possible, éviter certains mélanges de produits psychoactifs) en accord avec les attentes des personnes interrogées. Pour compléter et appuyer ce discours de prévention, l’équipe distribue également des outils de réductions de risque. Pour interpeller les personnes, outre la musique ou les pancartes colorées, l’équipe T.A.F. utilise également des approches ludiques (jeux de rôle, quizz, défi, lunettes de simulation d’état d’ébriété). Par ailleurs, l’équipe T.A.F. aborde de nombreux sujets liés à l’addiction (tabac, cancer, sexe, sucre, café) pour aborder la problématique de l’addiction de manière générale et ainsi ne pas stigmatiser des produits ou des comportements.

« L’objectif, ce n’est pas de leur dire : « Ne consommez pas ! » parce qu’on sait très bien que ça n’aura aucun intérêt, mais plutôt : « Ok, tu as prévu de consommer ce soir, que vas-tu mettre en œuvre pour ne pas te mettre en danger, ne pas mettre en danger les autres et essayer de faire en sorte que ça se passe le mieux possible ? ». L’objectif, c’est vraiment d’éveiller quelque chose pour qu’au moment où la personne consomme ou va avoir envie de consommer, elle puisse se dire : « J’en suis à mon troisième verre d’alcool, par rapport aux quantités qu’ils m’ont expliquées, tout à l’heure, dans le tram peut-être qu’il faut que je fasse un peu attention, je vais aller boire deux, trois verres d’eau et je me repose un peu et on verra après ». »

Marie-Elise Razakamaitso

La formation des volontaires en service civique

Depuis 2010, l’association Unis-Cité recrute et met à disposition chaque année 6 à 8 volontaires en service civique qui interviendront sur l’action T.A.F. Elle organise également des formations pour ces derniers (éducation civique, premiers secours). Par ailleurs, les structures qui recrutent des volontaires en service civique ont l’obligation légale de proposer de leur proposer des formations. Dans ce cadre, les volontaires en service civique recrutés par Addictions France en Gironde suivent également des formations complémentaires portant sur les thématiques de la prévention et de l’addiction.

Dans un premier temps, les volontaires en service civique sont formés via des mises en situation, des jeux de rôle, qui permettent de découvrir le déroulement de l’action, d’apprendre à intervenir et de créer des liens avec le reste de l’équipe. D’anciens volontaires interviennent également pour apporter des conseils et apporter leur expérience. Dans le cadre de leur formation, les volontaires en service civique, sont également invités à faire des exposés aux autres volontaires sur des sujets tels que les stratégies d’approche, de prévention, de RDR, etc.

Des formations sont également dispensées par les professionnels (animateurs, infirmiers, coordinatrice, etc.) du CSAPA sur de multiples thématiques (la gestion de conflit et la médiation, l’aller-vers). Des formations complémentaires sont mises en œuvre avec des structures partenaires telles que le planning familial pour la prévention des risques sexuels ou encore le CEID Addictions les nouveaux produits de synthèse par exemple.

« Les jeunes en services civiques que l’on recrute ce sont par exemple des jeunes qui souhaitent faire des études d’éducateurs spécialisés, d’infirmières, de psychologues qui souhaitent avoir une expérience de terrain pour enrichir leur parcours. Ce sont des profils qui sont déjà très orientés sur l’aide, le travail social, etc. L’objectif, c’est qu’ils réalisent une mission auprès de leurs pairs, et qu’en même temps, ils développent des compétences, travaillent sur leur projet professionnel, se forment dans un domaine, puissent réfléchir à leur projet et partent vers, soit une formation, soit un emploi ».

Marie-Elise Razakamaitso, Directrice du CSAPA de Gironde

Partenariats

De nombreux partenaires travaillent étroitement avec les équipes du CSAPA de Gironde et du T.A.F., que ce soit au niveau institutionnel ou sur le terrain

Ainsi, depuis 2010, la mairie de Bordeaux, particulièrement dynamique et impliquée dans la mise en œuvre des projets de RDRA, discute chaque mois avec la coordinatrice de T.A.F. afin de déterminer les futurs lieux d’intervention (soirées étudiantes, festivals, nouveaux lieux festifs), les pistes d’améliorations ou encore des résultats de l’action. Par ailleurs, dans le cadre du financement du dispositif T.A.F. par la mairie de Bordeaux, Bordeaux Métropole l’ARS NA et la MILDECA, des réunions trimestrielles sont organisées. Ces partenaires travaillent étroitement avec l’association afin d’adapter ou d’étendre le dispositif.

L’équipe du T.A.F. collabore également avec le CEID Addictions, et notamment l’équipe du Hangover Café[6], (dispositif mobile de prévention et de réduction des risques à Bordeaux où les personnes peuvent venir se reposer et échanger). Ainsi, lorsque l’équipe T.A.F. rencontre des personnes en difficulté, principalement du fait de leur consommation d’alcool, elle oriente ces personnes vers le Hangover Café. Il y a également des réunions communes de coordination entre les deux équipes afin de collaborer lors d’interventions ponctuelles sur des festivals ou lors de soirées étudiantes. Les équipes s’entraident également lors de moments de fortes affluences sur des lieux festifs par exemple lors de la fête de la musique.

En 2016, lors de l’accueil de l’Euro de football en France, la mairie de Bordeaux et la préfecture de Gironde ont sollicité les équipes de T.A.F. afin de faire de la prévention et de la RDRA auprès des supporters regroupés autour et dans les fans zones. Lors de cet évènement 25 services civiques ont été recrutés par Addictions France en Gironde. Cet évènement a provoqué deux basculements importants pour l’association et pour T.A.F. D’une part, Addictions France a obtenu au niveau national l’agrément lui permettant de recruter directement des services civiques. Ainsi, depuis 2016, des volontaires en service civique peuvent être recrutés par les différentes antennes d’Addictions France et sur d’autres projets. D’autre part, à travers cette intervention d’envergure, le dispositif T.A.F. a bénéficié d’une reconnaissance et d’une visibilité qui a permis sa pérennisation financière auprès de ses financeurs historiques.  Ainsi, Addictions France en Gironde peut désormais recruter des volontaires en service civique de manière autonome et ainsi s’adapter plus facilement aux besoins identifiés sur le terrain et aux demandes des partenaires financeurs.

Principaux enseignements

Évaluation du dispositif

Afin d’évaluer le dispositif, l’équipe remplit après chaque intervention un carnet de passation dans lequel sont notés les évènements marquants de la soirée. Par ailleurs, le jeudi après-midi, l’ensemble des animateurs et des volontaires se retrouvent pour un partage de retours d’expérience. Ces éléments sont complétés par des indicateurs quantitatifs tels que le nombre de personnes vues, leurs âges, les thématiques abordées avec le public ou encore le matériel distribué.

Les résultats des évaluations sont partagés avec les parties prenantes du projet, notamment l’ARS de la Nouvelle-Aquitaine, la mairie de Bordeaux, Bordeaux Métropole la préfecture de la Gironde et les services de police. Ces derniers, très demandeurs de ces retours, s’appuient sur les évaluations pour déterminer avec Addictions France Gironde s’il est nécessaire de continuer et renforcer les interventions sur certains lieux, évènements et sur quelles périodes.

Résultats observés

Le dispositif T.A.F. a permis d’échanger avec 6750 personnes en 2020 et d’aborder avec eux les thématiques de l’alcool (100% des personnes), le tabac (25%), le cannabis (25%), la sexualité (9%) et les écrans (9%).

Si la directrice indique qu’il est particulièrement difficile d’évaluer le dispositif T.A.F., elle partage le fait que de plus en plus de personnes interrogées sont attentifs aux risques liés à leurs consommations. Les services de police et d’urgence partagent également lors des commissions de Bordeaux La Nuit une diminution constante des sollicitations à leurs égards dans les lieux et aux horaires d’intervention de l’équipe du T.A.F.

« C’est très, très difficile de savoir. Les personnes qu’on rencontre, on ne les revoit pas. On n’a pas de moyens de mesurer l’impact de ce dispositif. On peut dire combien de personnes on a sensibilisées, on peut dire ce qu’on leur a dit, on peut dire de quelle thématique on a parlé avec elles, mais on ne peut pas mesurer l’effet que ça aura eu. »

Marie-Elise Razakamaitso

Par ailleurs, l’obtention du financement de l’Oasis du T.A.F. durant la période estivale permet au dispositif T.A.F. de fonctionner tout au long de l’année. Outre une présence et une visibilité renforcée pour les équipes T.A.F. auprès du public, cela a permis de recruter en CDI la coordinatrice de l’action, précédemment liée par des CDD de 9 mois (d’octobre à juin) renouvelés chaque année.

Le renouvellement annuel des promotions de volontaires en service civique permet à ce dispositif de rester dynamique, avec l’apport constant de nouvelles idées et compétences. Par ailleurs, chaque année, une dizaine d’anciens volontaires en service civique interviennent en tant que bénévoles au sein du dispositif T.A.F., notamment lors d’évènements ponctuels (fête de la musique, soirées étudiantes, festivals). Les volontaires en service civique rencontrés ont partagé le fait qu’ils ont particulièrement apprécié cette expérience, et qu’elle leur a permis d’acquérir des compétences particulièrement utiles pour la suite de leur parcours professionnel telles que les principes de la promotion de la santé, de la RDR, l’entretien motivationnel, la médiation.

Éléments à partager

Si le renouvellement constant des volontaires en service civique conduit à devoir reformer chaque année de nouvelles personnes, cela permet également d’apporter une dynamique et de nouvelles façons d’aborder, d’échanger, de sensibiliser les personnes. Ainsi chaque promotion apporte ses compétences et permet également de développer celles des professionnels du CSAPA de Gironde.

« Il y a une année, les volontaires étaient tous hyper doués en com. Ils ont fait des super affiches. Ce sont des apports qui restent… Ça [nous] permet, aussi, [nous] de [nous] améliorer sur certains points. »

Marie-Elise Razakamaitso

Également, si les volontaires en service civique permettent d’intervenir et d’échanger efficacement avec le public jeunes, cela fonctionne moins bien pour des personnes plus âgées.

« Je pense que le côté compliqué n’est pas vraiment venu des usagers, mais plutôt des services civiques qui n’étaient pas à l’aise, qui ne savaient pas trop quoi leur dire et, du coup, ça ne faisait pas une manière d’aborder sympa, comme ils peuvent le faire avec des étudiants parce qu’ils ont appris à aborder des étudiants ». 

Marie-Elise Razakamaitso

[1] Page web de la structure : https://addictions-france.org/etablissements/csapa-de-bordeaux/

[2] Dernier rapport d’activité de la DAADD : https://issuu.com/daadd/docs/rapport_d_activit_s_daadd_2010-2012

[3] Voir : http://bordeauxlanuit.fr/index.htmlhttps://www.bordeaux.fr/p136907/conseil-de-la-nuit

[4] ANPAA, 2012, RDR Alcool – Prévention des risques et réduction des dommages chez les consommateurs d’alcool. https://www.rvh-synergie.org/images/stories/pdf/anpaa-rrdc-lasers.pdf

[5] Natalie Castetz. (2017). La prévention par les pairs dans l’accompagnement en addictologie. https://www.federationaddiction.fr/addictions-recherches-et-pratiques-parution-du-2eme-numero/

[6] Voir la fiche de capitalisation sur le projet Hangover café.