CAP’Ados

Le projet « CAP’Ados » est porté par l’association EVEA, et mis en œuvre en partenariat avec sept CSAPA de la région des Pays de la Loire (PdL). Ce projet a pour objectif de développer une stratégie globale de prévention du tabagisme au sein des collèges de la région.

Dans ce cadre, en s’appuyant sur le soutien indispensable des directions, les professionnels des CSAPA forment au préalable les équipes éducatives des collèges partenaires à la thématique des addictions, à celle de l’Intervention Précoce et de l’éducation à la santé.

Dans les collèges concernés, ils mettent ensuite en place, en binôme (composé d’un professionnel de CSAPA et d’un professionnel de l’établissement), 10 séances de développement des compétences psycho-sociales.

Pour cela, ils travaillent également à la mise en commun régionale des différents outils de prévention.

06/04/2022

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Paris Valérie
Directrice générale - EVEA
direction@evea.asso.fr

Wila Pascale
Coordinatrice du service Prévention Formation du CSAPA La Métairie

Présentation de l’intervention

Présentation de la structure

L’association EVEA, créée en 2002, est un regroupement d’associations vendéennes intervenant dans le champ de l’addictologie. Elle met en œuvre des actions de soins, de prévention, d’information, de formation, d’observation et de recherche. C’est la responsable du pôle prévention du CSAPA[1] La Métairie, structure appartenant à l’association EVEA, qui a coordonné le projet CAP’Ados.

Contexte

Membre de la Fédération Addiction, l’association EVEA travaille depuis plus de dix ans en collaboration avec d’autres CSAPA de la région, également adhérents à la Fédération Addiction. Ils ont notamment mis en œuvre des actions communes de prévention en addictologie, d’éducation et de promotion pour la santé et plus particulièrement du tabagisme, auprès des jeunes ou des personnes en situation de vulnérabilité.

Objectifs

L’objectif général de ce projet est de mettre en œuvre une stratégie globale de prévention du tabagisme dans les collèges de la région des Pays de la Loire.

Plusieurs objectifs spécifiques concourent à cette stratégie globale :

  • Rendre les collèges et leurs abords les moins propices possible à la consommation de tabac en formant les équipes éducatives en matière de prévention, de réduction des risques, de repérage et d’Intervention Précoce, d’accompagnement des jeunes, en sensibilisant également les parents.
  • Renforcer les compétences psychosociales (CPS) des collégiens de 5ème et de 4ème en mettant en place des séances d’éducation à la santé, conduites par des binômes composés d’un professionnel de CSAPA et d’un personnel éducatif du collège concerné.
  • Réduire les risques et accompagner les jeunes et les adultes de la communauté éducative vers l’arrêt, ou le changement, en déployant la méthode de Repérage Précoce et d’Intervention Brève (RPIB) et en proposant des Consultations Jeunes Consommateurs (CJC).
  • Travailler en cohérence avec 7 CSAPA de la région, et intervenir dans plus de 15 collèges de la région des Pays de la Loire,
  • Construire un projet cohérent et reproductible par les CSAPA partenaires dans les différents collèges.


Calendrier

Principaux acteurs et partenaires

Principaux éléments saillants

Émergence du projet

La création de CAP’Ados est à la conjonction de deux évènements. D’une part, la volonté des professionnels du CSAPA La Métairie et des autres CSAPA de la région de mettre en œuvre un projet commun. D’autre part, la diffusion par l’ARS PdL d’un appel à projet pour développer les actions du programme régional de réduction du tabagisme[2], dont le premier axe est de « Protéger les jeunes et éviter l’entrée dans le tabagisme ».

Élaboration du projet

Afin d’élaborer ce projet de prévention du tabagisme, le porteur du projet s’est appuyé sur des enquêtes nationales étudiant les motivations d’usage et les représentations associées aux différents produits psychoactifs chez les jeunes (ARAMIS[3], ESCAPAD[4], le programme d’intervention probant UNPLUGGED[5]) et sur les recommandations de la Fédération Addiction indiquant :

  • Qu’il est efficace d’intervenir précocement, au moment où les jeunes expérimentent pour la première fois des produits addictifs, pour prévenir le tabagisme chez les jeunes. Les élèves de 6ème découvrant le collège et les élèves de 3ème étant davantage dans la préparation du brevet, il est apparu pertinent d’intervenir auprès des élèves de 5ème et de 4ème, l’année de 4ème étant une année charnière tant par rapport à l’adolescence, que dans les expérimentations de produits.
  • Que la mise en place de séances de développement des CPS est efficace, non seulement pour la prévention du tabagisme, mais également pour la prévention des addictions et des conduites à risque de manière générale.

Les professionnels des CSAPA se sont également appuyés sur le programme « En santé à l’école[6] »,mis en œuvre dans les écoles de la région par l’IREPS PdL et arrêté en 2018. Cette expérience a apporté un certain nombre d’enseignements. Notamment que les interventions auprès des professionnels de l’éducation sont moins efficaces si elles se bornent à des actions de sensibilisation ou des formations ponctuelles, ou à un partage d’outils sans accompagnement sur le long terme.

En effet, il est apparu que les équipes éducatives ne se saisissaient pas suffisamment des outils dans ce cadre, limitant la durée de vie du projet. Cette expérience a renforcé la volonté d’élaborer un projet en collaboration avec les établissements scolaires et qui s’intègre de manière pérenne dans la vie des collèges.

Alors que le porteur du projet souhaitait impliquer les CSAPA et les professionnels qui allaient redéployer ces actions dès l’élaboration du projet, cela n’a pu se faire à cause des échéances de réponse à l’appel à projet.

Partenariats

De nombreux partenaires ont collaboré pour l’élaboration, la mise en œuvre ou l’évaluation du projet :

  • L’IREPS PdL a apporté un appui méthodologique important, pour le choix des compétences à viser, ainsi que la progression des 10 séances. Ce soutien méthodologique s’appuie notamment sur le « Cartable des CPS[7] », déjà utilisé dans le cadre du programme « En santé à l’école ». Par ailleurs, les professionnels de l’IREPS ont participé à deux journées de travail avec le Groupe Projet Régional (constitué des professionnels des CSAPA partenaires). Lors de ces journées, les principes de la promotion pour la santé et l’animation de séances d’éducation à la santé auprès des collégiens ont notamment été abordés.
  • Les 7 CSAPA partenaires, membres de la Fédération Addiction, ont l’habitude de se retrouver plusieurs fois par an, depuis de nombreuses années, pour travailler différentes thématiques (prévention chez les jeunes, mobilisation des familles …). Un temps important a été nécessaire pour permettre aux professionnels des CSAPA d’adhérer au projet. Pour ce projet, les 7 CSAPA ont d’abord mis en commun leurs expériences et outils d’éducation à la santé, puis ont affiné ensemble les différentes séances. Une journée dédiée a permis de tester les outils entre professionnels et de renforcer les liens.

« Il y a eu des réunions de préparation des séances, des sensibilisations, des remises en question, des demandes d’explications sur tout. Et après, il y a eu un déclic. Les collègues ont vu que c’était solide, et l’ampleur du travail accompli ensemble. Et après ça, la mobilisation et l’adhésion a été sans faille. Ils ont partagé des idées, des adaptations, etc. »

Pascale Wila, Responsable Prévention pour EVEA
  • Les responsables des collèges et les équipes éducatives. Ce partenariat s’est également appuyé sur un travail important d’argumentation afin de les amener à adhérer volontairement au projet. Il a fallu notamment travailler sur les représentations des équipes éducatives vis-à-vis des produits addictifs, sur la pertinence d’intervenir auprès de jeunes de 5ème et 4ème ainsi que sur les modalités de ces interventions. Les professionnels des CSAPA ont insisté sur l’objectif de renforcer les CPS et de ne pas parler que des risques et des dangers.

Une fois les équipes éducatives impliquées dans le projet, elles ont participé à l’amélioration des outils, les adaptant aux attentes d’élèves de cet âge, ainsi qu’à l’organisation des séances. Les ateliers ont également été testés en groupe afin de mieux les appréhender, d’en expérimenter l’animation, et de se rassurer.

« Il y en a qui ont dit « c’est intéressant », mais, ils étaient tellement angoissés de devoir intervenir directement auprès des élèves pour autre chose que ce qu’ils avaient l’habitude de faire, qu’ils étaient pressés de voir les outils utilisés et ce qu’on allait faire !»

Pascale Wila
  • Une psychologue a réalisé une journée de formation autour du RPIB[8] Jeunes (Repérage Précoce et Intervention Brève) en 2019, à destination des professionnels des CSAPA. Cette formation avait pour objectifs de permettre aux professionnels de repérer les comportements problématiques et de proposer des solutions d’orientations.
  • La SRAE (Structure Régionale d’Appui et d’Expertise) en Addictologie[9], dispositif porté par l’ARS PdL, a apporté son expertise dans l’élaboration de la méthode et des outils d’évaluation du programme.

Stratégies de mises en œuvre

Afin d’organiser et de suivre la réalisation de CAP’Ados, trois instances de niveaux différents ont été créés :

  • Un comité de suivi régional composé des principaux partenaires et d’organismes institutionnels (direction des services académiques, rectorat et service de promotion de la santé en faveur des élèves, ARS). Il se réunit 1 à 2 fois par an.
  • Un groupe Régional Projet qui réunit tous les professionnels mettant en œuvre le projet et qui réfléchit sur les méthodes et les contenus. Ils se réunissent 3 à 4 fois par an pour mettre en commun leurs expériences.
  • Des comités de pilotage au sein de chaque collège, composés du responsable de l’établissement, des professionnels éducatifs, des conseillers principaux d’éducation, infirmiers, ainsi que des intervenants du CSAPA concernés. Ces comités ont pour rôle de :
  • Elaborer un diagnostic au sein du collège sur la relation des élèves avec le tabac et identifier les actions en faveur de la santé des élèves mises en place,
  • Programmer, préparer, mettre en œuvre et évaluer les séances,
  • Valoriser les supports de prévention réalisés auprès de la communauté éducative et des parents d’élèves.

« Si on veut que notre projet aille jusqu’à la fin, notre premier objectif, c’est d’impliquer fortement les équipes, et à tous les niveaux. Aussi bien le chef d’établissement, parce que c’est quand même lui qui permet de bousculer les plannings, que les binômes et les enseignants qui seront avec nous. »

Valerie Paris, Directrice générale – EVEA

Au sein de chaque collège, les élèves sont rencontrés en demi-groupes et suivent les 10 séances conduites par un binôme d’animateurs, composé d’un professionnel de CSAPA et d’un professionnel de collège. Les séances sont conçues de manière progressive, avec des outils adaptés aux compétences à développer lors de chaque séance.

Thématique des 10 séances réalisées auprès des élèves

Par ailleurs, afin de favoriser l’adhésion et la participation des élèves au projet, un ensemble d’actions a été mis en œuvre :

  • Réaliser les séances auprès de classes de 5ème, puis l’année suivante, auprès des mêmes élèves, arrivés en 4ème. Cela permet de renforcer les effets de l’action, en suivant les élèves dans la durée,
  • Adapter au mieux les séances à chaque classe, en lien avec les équipes éducatives, notamment pour la sélection et l’organisation des ateliers,
  • Présenter les objectifs et le contenu des séances aux élèves avant leur réalisation. Pour cela, les intervenants s’appuient sur le Cahier CAP’Ados, que les élèves gardent en leur possession, et qui permet également de faire le lien avec les parents.

Principaux enseignements

Modalités d’action

Ce schéma décrit les actions développées dans le cadre de ce programme afin de mettre en exergue leurs contributions aux cinq axes de la promotion de la santé définis par la charte d’Ottawa.

Publics concernés par chacune des actions :

  • Les professionnels de l’Education Nationale (EN) et des CSAPA (en orange)
  • Les collégiens (en bleu)

Méthodes d’évaluation

Lors de l’élaboration du projet, la SRAE a accompagné le porteur du projet. Elle a notamment contribué à construire et à affiner les outils d’évaluation. En effet, les outils et méthodes d’évaluation ont été conçus pour être communs à tous les CSAPA et collèges. L’objectif étant de compiler et comparer facilement les résultats obtenus dans chaque collège.

Les professionnels des CSAPA mènent les évaluations au sein des collèges dans lesquels ils réalisent les séances. Afin de recueillir les différentes données, des questionnaires sont distribués aux élèves à la fin des 10 séances, complétés par les remarques des binômes d’animateurs. Ces éléments sont ensuite partagés aux comités de pilotage de façon à suivre le déroulement des activités et de proposer des pistes d’amélioration.

Du fait de la crise sanitaire, le nombre de séances mené a dû être réduit en 2020. L’ensemble des CSAPA et des collèges partenaires ont souhaité continuer à mettre en œuvre le projet et les séances ont été reportées sur l’année scolaire 2020-2021 pour certains, et jusqu’à 2022 pour les autres.

Premiers résultats observés

  • Les professionnels des CSAPA ont acquis de nouvelles compétences en méthodologie de projet et en développement des CPS.
  • La collaboration avec des professionnels des CSAPA rassurent les équipes éducatives sur leur légitimité à animer les ateliers.
  • Les réunions régulières des différents comités ont permis une dynamique de groupe et de répondre aux difficultés de chacun.
  • Les élèves aiment participer, être écoutés, échanger. Ils déclarent être globalement satisfaits du déroulement et du contenu des séances.

Un bilan complet sera disponible en juin 2022.

Freins et leviers

  • Le projet s’est appuyé sur de nombreux partenariats existants, que ce soit pour solliciter les futurs établissements partenaires, ou pour la mise en œuvre du projet.
  • Présenter un projet quasi-finalisé aux professionnels des CSAPA et personnels éducatifs, avec des aménagements possibles, a permis de les rassurer, sur le temps à consacrer à l’élaboration du projet, tout en leur permettant de l’affiner et de l’adapter aux contextes locaux.
  • Le partenariat étroit entre les CSAPA de la même région et la mise en commun des outils et des expériences a permis d’améliorer le contenu et l’animation des séances.
  • La participation au projet CAP’Ados étant volontaire, elle a permis une meilleure adhésion. En effet, lors d’un projet similaire, la participation des professionnels de l’Education Nationale à la formation ayant été obligatoire, il en a résulté une moindre adhésion de leur part.
  • L’utilisation d’un serveur accessible à tous les professionnels des CSAPA, où l’on retrouvait les différents outils, documents, expériences, outils d’évaluations, a grandement facilité sa mise en œuvre et le partage d’informations.
  • « Le cartable des CPS », site ressource sur le renforcement des CPS des enfants et pré-adolescents de 8 à 12 ans, et l’accompagnement de l’IREPS PdL ont facilité l’adaptation des outils à la thématique des addictions et pour les élèves de 5ème et 4ème.
  • L’adhésion des responsables des collèges a facilité les aménagements d’horaires, d’emplois du temps, etc. Ils ont, par exemple, fait en sorte que les plannings soient organisés de manière à ce que les professionnels des CSAPA puissent regrouper leurs interventions auprès des différentes classes sur des demi-journées.
  • Le peu de temps disponible pour répondre à l’appel à projet de l’ARS n’a pas rendu possible l’’implication des CSAPA partenaires dès l’élaboration du projet. De ce fait, un temps plus important a été nécessaire pour avoir leur adhésion pleine et entière.
  • D’après le porteur du projet, la logistique lourde (COPIL, diagnostic, implication des professionnels, journées de sensibilisation, nombre de séances, évaluation, questionnaires, outils créés, …) a demandé un temps de préparation et de coordination bien plus important que celui estimé au départ.
  • Du fait d’un contretemps contextuel (le départ à la retraite de l’Infirmière Académique, conseillère technique auprès du rectorat), les partenaires de l’Education Nationale n’ont pu être mobilisés que dans un second temps.

[1] Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie

[2] https://www.centre-val-de-loire.ars.sante.fr/programme-national-de-lutte-contre-le-tabac-2018-2022

[3] Présentation de l’enquête ARAMIS : https://www.ofdt.fr/enquetes-et-dispositifs/aramis-attitudes-representations-aspirations-et-motivations-lors-de-linitiation-aux-substances-psychoactives/

[4] Présentation de l’enquête ESCAPAD : https://www.ofdt.fr/enquetes-et-dispositifs/escapad/

[5] Evaluation du programme UNPLUGGED : https://www.santepubliquefrance.fr/docs/resultats-de-l-evaluation-du-programme-unplugged-dans-le-loiret

[6] Site web du programme « En santé à l’école » : http://www.ensantealecole.org/page-0-0-0.html

[7] Pour retrouver le Cartable des CPS : http://www.cartablecps.org/page-0-0-0.html

[8] Repérage précoce – intervention brève pour la prise en charge des conduites à risques liées à la consommation d’alcool et de tabac : https://www.respadd.org/reperage-et-autoevaluation/rpib/

[9] Site de la SRAE : http://www.srae-addicto-pdl.fr/fr/